Fédération Force Ouvrière des cheminots

Historique

1953, L’ANNEE DE TOUS LES DANGERS : LA GREVE GENERALE D’AOUT

Le 10 juillet 1953, l’Assemblée Nationale vote en deuxième lecture un projet de loi accordant au gouvernement Laniel des pouvoirs étendus en matière économique et financière. Cette loi est publiée le lendemain au Journal Officiel.

Le 4, le bureau confédéral de FO, informé des intentions gouvernementales en matière de blocage des salaires et des retraites pour l’ensemble des salariés, appartenant au secteur privé et au secteur public et de remise en cause des droits acquis des fonctionnaires et agents des services publics, notamment dans le domaine de départ en retraite, a demandé au président du Conseil, Joseph Laniel, de revenir sur ces projets. Ce dernier est resté insensible et sourd aux avertissements de la confédération. La réaction ne s’est pas attendre. La Fédération FO des PTT lance le 5 à 11 heures par télégramme, un appel à la grève générale car le gouvernement a l’intention de remettre en cause l’âge de départ à la retraite pour de nombreuses catégories professionnelles. Celui ci passerait de 55 à...62 ans. La CFTC et les autonomes se joignent immédiatement à ce mot d’ordre. Le lendemain, le Cartel FO des Services Publics (comité interfédéral des fonctionnaires, agents des services publics, cheminots, travailleurs de l’Etat, mineurs, gaz et électricité de France), alarmé par les projets gouvernementaux, se réunit et publie le communiqué ci-après : " Le Cartel Force Ouvrière des services publics groupant les fédérations suivantes : Après avoir pris connaissance des décrets gouvernementaux soumis au Conseil Supérieur de la Fonction Publique, DECLARE que, devant les graves menaces qui pèsent sur les droits acquis, tous les travailleurs de la fonction Publique et des Secteurs nationalisés se trouvent en état de légitime défense ; CONSTATE que le gouvernement, si prompt à porter atteinte à leurs droits, reste sourd à l’amélioration des rémunérations. Dans ses conditions, le Cartel appelle tous les travailleurs en cause à manifester leur opposition, aux projets gouvernementaux et pour un rajustement de leur pouvoir d’achat, par un mouvement d’avertissement sous forme d’un arrêt général du travail de 24 heures le vendredi 7 août à partir de 0 heure. Le Cartel, solidaire des travailleurs déjà en grève, et, en particulier des PTT, lance un appel pressant à tous les fonctionnaires et agents des Services publics, quelle que soit leur appartenance syndicale, ou inorganisés, pour répondre massivement au présent appel ". Immédiatement la Fédération des Cheminots FO avise toutes les autres Fédérations de Cheminots qu’elle s’inscrit complètement dans cette démarche. La grève est effective sur l’ensemble du territoire. Le lendemain, la CFTC, FO, la CGC et la FAC adoptent le communiqué suivant : " Les organisations syndicales de cheminots : CFTC, FO, CGC, Cadres Autonomes constatant le parfait déroulement de la grève d’avertissement de 24 heures qu’elles ont déclenchée pour le 7 août 1953, confirment que le travail reprendra dans l’ordre le 7 août 1953 à 24 heures. Si les Pouvoirs Publics maintenaient leur position visant à modifier sans discussion certaines dispositions essentielles des conditions de travail des cheminots, des décisions immédiates seraient prises quant à l’éventualité d’un second mouvement de grève. "

La reprise du travail aura été de très courte durée. En effet, le dimanche 9 août, le gouvernement Laniel fait publier le décret 53.711 qui vise, notamment le régime particulier de retraites des cheminots (plus particulièrement l’âge de départ à la retraite). En même temps, pressentant la réaction des cheminots, il a fait publier, le même jour, au Journal Officiel un arrêté ministériel (traduit dans les textes SNCF sous l’appellation d’Ordre du Jour n°103) portant réquisition collective de l’immense majorité du personnel. Mais comme cette réquisition collective n’a pas donné les résultats escomptés par les autorités, elles procédèrent alors aux réquisitions individuelles. Toutes ces dispositions ont été prises en violation flagrante du droit de grève reconnu par la Constitution. Le bureau fédéral, réuni le même jour, décide d’en appeler aux autres organisations syndicales. Une rencontre se déroule le même jour à 16 heures 30 au siège de FO avec la présence de la CFTC, des cadres Autonomes et du SPID/CGC.

Le lendemain à 20 heures, la CGT lance un appel à la grève sur le réseau ferré. Force Ouvrière, ne pouvant pas attendre la décision des autres organisations syndicales, lance à minuit le texte suivant : " La Fédération Syndicaliste Force Ouvrière des Cheminots se félicite du magnifique mouvement d’avertissement de 24 heures du vendredi 7 août. Elle adresse son salut à tous les travailleurs de la Fonction Publique en lutte pour le maintien de leurs droits acquis. Après un large tour d’horizon de la situation qui résulte des décrets visant notamment la modification des régimes des retraites. Constate que ces décrets laissent peser une lourde menace contre le Régime de 1911. La fédération dénonce la politique réactionnaire et de régression sociale d’un gouvernement qui bloque les salaires et veut dénoncer unilatéralement les contrats. Elle souligne avec satisfaction la volonté de combat des cheminots pour l’abrogation des décrets scélérats et invite ses militants à engager la lutte aux cotés de leurs camarades. La Fédération dénonce avec indignation les manoeuvres du gouvernement qui ne craint pas de se mettre dans l’illégalité en mettant en cause le droit légitimement reconnu par la Constitution ".

Elle confirme, par lettre en date du 11 août adressée à la direction générale, sa décision de se mettre en grève le même jour. Les bureaux confédéraux de la CFTC et de FO se rencontrent et la commission exécutive confédérale de FO décide de siéger en permanence.

Le 12, la grève s’étend dans les secteurs suivants : RATP, électricité et gaz, mines... Le même jour, le représentant de FO au Conseil d’Administration de la SNCF rappelle d’abord verbalement, puis par écrit, au président de l’entreprise les raisons qui ont poussé son organisation à appeler les cheminots à l’action. Force Ouvrière continue d’exiger : l’abrogation des décrets-lois retirant à tous les travailleurs, aux cheminots en particulier, des avantages acquis et des droits reconnus ; la revalorisation du pouvoir d’achat des salariés par la convocation de la Commission Supérieure des conventions collectives ; l’abrogation de l’ordre de réquisition et le respect du droit de grève prévu par la Constitution... La CFTC a appelé ses adhérents à se mettre en grève à compter du 13 à 0 heure. Le conflit s’étend, le même jour, à l’ensemble des services publics. Le CNPF, encouragé par le comportement du gouvernement, refuse d’entendre parler d’augmentations salariales dans le secteur privé. Plusieurs fédérations FO appartenant au secteur privé réagissent et lancent un mot d’ordre de grève de 24 heures pour marquer leur solidarité avec les travailleurs emprisonnés et requis et pour une revalorisation immédiate des salaires. A 20 heures, le chef du gouvernement refuse de donner suite aux demandes syndicales dans le cadre d’une intervention à la radiodiffusion ; à 21 heures, le bureau confédéral de FO annonce qu’il continue à refuser "l’arbitraire et la répression ".

Le 14, le directeur général de la SNCF, Louis Armand, adresse à ses directeurs de région une lettre visant à atténuer les inquiétudes du personnel. Il indique que pour les agents de conduite et certaines catégories de personnels il n’est pas question de remettre en cause l’âge départ à la retraite "les agents qui occupent des emplois dont la nature est susceptible d’entraîner une usure prématurée de l’organisme ou est subordonnée à des qualités physiques déterminés sont exclus du champ d’application du décret... ". Mais pour le personnel des bureaux et magasins ainsi que les ouvriers des grands ateliers, le président estime qu’ils devraient être logés à la même enseigne que les fonctionnaires, à savoir l’ouverture du droit à 60 ans. Les autres catégories du personnel continueront à partir à 55 ans. Cette démarche entraîne une très vive réaction du bureau fédéral de FO qui publie, le même jour, un tract rappelant, qu’au 7e jour de la grève, les raisons qui l’ont motivée sont toujours présentes et appelle les cheminots à poursuivre l’action entreprise, en dépit des campagnes de division orchestrées de ci, de là.

Le 15, la Fédération des Cheminots FO lance une proclamation cinglante : " Depuis le 11 août les cheminots sont en grève pour défendre de justes revendications relatives aux salaires et leurs droits acquis notamment en matière de retraites. La responsabilité de l’interruption du trafic ferroviaire (voyageurs et marchandises) appartient au Gouvernement et, en particulier, au Ministre des Travaux Publics négligeant systématiquement de tenir compte des avis autorisés des organisations syndicales de cheminots. La Fédération Force Ouvrière des Cheminots dénonce les tentatives de division du Gouvernement voulant créer des catégories dans le personnel en ce qui concerne le règlement des retraites. Elle invite tous les cheminots à continuer la lutte pour le maintien intégral de leurs droits acquis et l’obtention de salaires devant concourir à une véritable justice sociale. La Fédération Force Ouvrière des Cheminots rappelle à M. le chef du Gouvernement que les travailleurs du rail n’ont pas de leçon de patriotisme à recevoir de qui que ce soit. Les sacrifices consentis par les cheminots pour la défense et la libération du pays méritent d’autres considérations que des mesures restreignant des droits acquis sur les "barons du rail " et que le Gouvernement de Vichy n’avait pas osé toucher. Les cheminots morts pour la liberté n’ont pas fait le suprême sacrifice pour que leurs camarades soient victimes d’une féroce régression sociale moins de dix ans après la libération du pays. Contre l’arbitraire les cheminots sont en état de légitime défense. Solidaires, ils ne céderont pas. " Le même jour, à la demande du bureau confédéral de Force Ouvrière, une délégation, composée de Raymond Le Bourre, secrétaire confédéral, et de Fernand Laurent, secrétaire général de la fédération, est reçue par le président de la SNCF, assisté par le directeur général. Les deux hauts dirigeants de la SNCF confirment à FO leur volonté de modifier, pour certaines catégories du personnel, l’âge de départ à la retraite. De son coté, le bureau confédéral publie le communiqué suivant : " Les travailleurs sont entrés dans la grève par souci de justice sociale. Leurs revendications les plus justes ne sont jamais satisfaites. Aux causes de ce profond mécontentement les travailleurs des secteurs publics ont vu s’ajouter la violation de leurs statuts. C’est de cela que la grève est née. Ce n’est pas une grève politique, c’est une grève revendicative que nous menons. Nous voulons le respect des contrats, un suffisant pouvoir d’achat, un niveau de vie décent, une économie équilibrée et juste. Nous disons, nous, non à l’arbitraire et à la répression. "

Le 16, la commission exécutive confédérale de FO est informée des démarches confédérales entreprises tant au niveau du président de la République qu’à celui du président du Conseil et du ministre des Finances. Ceux ci seraient prêts à examiner une possibilité d’accord concernant tous les conflits sociaux en cours et à cet effet le gouvernement présente un texte sur lequel il demande aux organisations syndicales de lui faire part de leurs observations. Dans la nuit du 16 au 17, un groupe de travail FO/FAC rédige pour les cheminots des propositions à remettre au chef du Gouvernement. Ces propositions recueillent l’accord le plus complet de la part de la CFTC.

Le 17, le gouvernement reçoit les propositions rédigées par les deux confédérations, FO et CFTC. Quelques heures plus tard, il émet un veto absolu à leur endroit et fixe un ultimatum aux deux organisations. La confédération FO refuse d’examiner le texte gouvernemental imposé de cette manière. Le chef du gouvernement, par un discours particulièrement agressif, donne ainsi une fin de non recevoir aux tentatives effectuées pour trouver une solution acceptable pour tous. Le bureau confédéral réagit vivement, le lendemain, aux propos gouvernementaux. Le 19 dans la soirée, une délégation FO, comprenant des membres du bureau confédéral et des secrétaires des fédérations du secteur privé, est reçue par le ministre du Travail afin de lui faire part de la volonté expresse de FO d’obtenir une réunion immédiate de la commission supérieure des conventions collectives, chargée d’examiner les augmentations salariales dans le secteur privé. Grâce à des initiatives parlementaires, le contact est renoué, le même jour, avec le gouvernement. Dans la nuit du 19 au 20 un compromis global est trouvé sous réserve des négociations pratiques, au niveau des ministères concernés. Apparemment, celui des Travaux Publics n’avait pas été informé à temps car un de ses hauts fonctionnaires envoie "balader " le 20 les délégations syndicales venues négocier. La discussion est immédiatement reprise au niveau de la présidence du Conseil. Finalement dans la nuit du 20 au 21, le ministre des Travaux Publics "capitule " en assurant les cheminots : qu’ils pourront discuter de leurs salaires au sein de la commission de la convention collective, que leur régime de retraite, datant de 1911, ne sera pas remis en cause, que des mesures seront annoncées permettant la reprise du travail pour les grévistes, sauf pour ceux qui se seraient rendus coupables de fautes graves.

Le 21 à 4 heures du matin, le chef du gouvernement remet au secrétaire général de la confédération un document par lequel il s’engage : à réunir et à consulter les organisations syndicales afin d’examiner les modalités d’application des décrets (qui ont mis le feu aux poudres), à examiner attentivement les problèmes du chômage et des bas salaires, à demander, avant le 10 septembre, aux ministères concernés un rapport préparatoire à la réunion de la commission supérieure des conventions collectives...

En même temps, le Ministre des travaux Publics fait connaître au président de la SNCF ses propres engagements : participation syndicale assurée aux Travaux de répartition du crédit relatif à la rémunération du personnel, une mise au point interviendra avant le 1er janvier 1954 concernant le régime juridique du personnel des chemins de fer au regard de la loi du 11 février 1950 et des divers éléments du statut professionnel de ce personnel le décret 53.711 du 9 août 1953 ...ne porte pas atteinte au régime des retraites du personnel de la SNCF en vigueur au 31 juillet 1953 mais laisse la possibilité aux agents intéressés d’obtenir l’agrément de leur administration pour leur maintien en activité dans les conditions qui seront précisées après avis des organisations syndicales, les chefs de service sont autorisés à accueillir favorablement les demandes de reprise du travail présentées individuellement par les agents suspendus non coupable de faute grave, sans qu’il soit préjugé des suites à donner aux procédures administratives en cours...

Toujours le 21, à l’initiative de Force Ouvrière, une réunion s’est tenue. La CGT a également été présente. La FAC a exprimé sa satisfaction devant les accords conclus dans la nuit du 20 au 21 par les confédérations et a annoncé qu’elle avait déjà donné, à 7 heures, à ses militants l’ordre de reprise du travail. La CFTC a indiqué qu’elle souhaite une déclaration commune de reprise. Force Ouvrière est en train de consulter par téléphone sa base et la CGT, par la voix de son secrétaire général, a souligné qu’elle poursuit l’action entreprise. A 13 heures, la CFTC lance l’ordre de reprise du travail, suivie par Force Ouvrière à 20 heures.

Au cours de la journée du 22, différentes interventions sont faites auprès de la direction de l’entreprise afin de faire appliquer les décisions prises au niveau du ministère des Travaux Publics. Mais la direction refuse aux requis grévistes de reprendre ainsi leur travail et elle déclare vouloir les sanctionner. Mais compte tenu de l’ordre reçu "d’en haut ", elle fait savoir à minuit qu’elle se conforme aux directives ministérielles.

Le 23, le train Calais-Bâle déraille, à la suite d’un sabotage (rail déboulonné). D’autres sabotages sont découverts : rocher placé pour obstruer la voie entre Gap et Briançon ; signaux bloqués au vert sur canton occupé entre Cahors et Montauban ; pavé attaché à une corde sous un pont dans la région de Toulouse blessant le conducteur d’un autorail... La Fédération FO des Cheminots publie le 23 à 17 heures un communiqué de presse relatant ces faits (...Nous sommes certains que des éléments troubles, payés par certaines fractions occultes, tentent de "noyauter " le mouvement ouvrier pour qu’à la suite de cette grève il soit tenté de faire disparaître certaines organisations syndicales...), indiquant que les revendications des travailleurs du Rail ont été satisfaites (notamment, "le décret-loi visant particulièrement notre régime de retraites est vidé de son contenu ") et "les salaires des cheminots seront discutés, désormais, au sein de la Commission de la Convention Collective de la SNCF ou toutes les organisations syndicales de cheminots, sans exception, sont représentées ", soulignant que "les non-réponse aux ordres de réquisition lancés ne sont pas considérés comme une faute grave et (que) le problème des sanctions est en discussion avec la Présidence du Conseil et la SNCF de façon à ce que cette dernière, qui tenait essentiellement à punir les grévistes revienne sur sa position... ". Dans ce même communiqué, la Fédération indique à tous les cheminots que "la vigilance la plus extrême s’impose et qu’il est nécessaire que tous reprennent le travail ". En restant dans la grève, les cheminots courent vers "une aventure extrêmement grave ". Le même jour, à 20 heures 30, la direction du personnel annonce la décision suivante : "Tous les cheminots requis réfractaires qui reprendront leur service le mardi 25 août avant 12 heures auront au maximum un blâme du chef de service (BCS) avec une réduction de 2/12 de leur prime de fin d’année. Ceux d’entre eux qui dépasseront la limite fixée seront punis sévèrement ".

Le 24, d’un coté le gouvernement annonce que les grévistes réquisitionnés n’ayant commis aucun délit, ne seraient pas sanctionnés administrativement, de l’autre son Ministre des Travaux Publics donne raison à la SNCF, qui veut punir les cheminots requis considérant que le refus d’exécuter un ordre de réquisition, est une faute grave.

Le 25, la Fédération FO des Cheminots publie un nouveau communiqué : " La Fédération Force Ouvrière des cheminots tient à féliciter tous les travailleurs du rail ayant participé au mouvement de grève pour la défense de leurs droits acquis. Elle constate que ses objectifs, notamment : la défense du régime des retraites ; la convocation de la commission supérieure des conventions collectives ont été satisfaits. La Fédération, tout en soulignant les progrès sensibles obtenus par son intervention au sujet des sanctions, tient à dénoncer l’attitude de certains dirigeants de la SNCF qui prétendent assouvir leur rancune en voulant prononcer contrairement aux instructions gouvernementales certaines sanctions à l’égard des grévistes requis. Elle assure ces derniers de son entière solidarité et les informe que son action est entièrement axée sur leur défense. D’ores et déjà, elle déclare qu’elle fera déposer en leur faveur une loi d’amnistie sur le Bureau de l’Assemblée Nationale. La Fédération Force Ouvrière a déploré l’attitude de la CGT donnant quatre jours après les autres Fédérations l’ordre de reprise du travail alors qu’une décision commune, ainsi qu’il avait été proposé, aurait eu pour conséquence d’éviter toute confusion. Elle compte sur l’esprit critique des cheminots pour qu’ils ne soient pas dupes de cette manœuvre qui n’a, en définitive, apporté aucun avantage nouveau. " Afin d’aider les camarades dans la gêne et payer les amendes infligées par les tribunaux aux agents réquisitionnés ayant refusé de s’y soumettre, la Fédération FO a lancé un appel à la solidarité nationale. Par ailleurs les camarades de la Centrale Générale des Services Publics (FGTB) de Belgique a fait parvenir la somme de 250.000 francs français pour venir en aide aux grévistes venant s’ajouter aux 200.000 francs déjà versés par le secteur Cheminots de cette organisation syndicale. Le 2 septembre, le bureau fédéral publie le communiqué suivant : " Le bureau de la Fédération Force Ouvrière des Cheminots, réuni le 2 septembre 1953, après avoir entendu toutes les explications et précisions fournies par le secrétariatt fédéral au sujet du déroulement de la grève du mois d’août, et des engagements pris par le gouvernement, adresse ses félicitations et ses remerciements aux militants qui, dans des circonstances particulièrement difficiles ont su défendre les intérêts matériels des cheminots en même temps que l’idéal de Force Ouvrière. Dénonce avec vigueur le comportement du Ministre des Travaux Publics et des dirigeants de la SNCF, qui se sont employés à ruser, à détourner de leur sens des instructions gouvernementales qui annulaient les sanctions. Il exprime sa résolution de faire respecter les engagements pris en cette matière et se déclare entièrement solidaire de tous les cheminots menacés. Stigmatise la campagne ignominieuse déclenchée par la CGT accusant de sabotage un membre du secrétariatt de la fédération Force ouvrière et confirme que cette campagne aura son dénouement devant la Justice. Enregistre avec satisfaction que le régime des retraites de 1911 est sauvegardé. Déclare qu’il suivra avec vigilance l’orientation de la politique sociale du gouvernement et indique que, quelles que soient les expériences qui se font en matière de baisse des prix, ces dernières ne sauraient estomper le problème des rémunérations qui doit être soumis à la discussion de la Commission supérieure des Conventions collectives. Le bureau fédéral lance un appel pressant à tous les cheminots pour qu’ils renforcent le syndicalisme Force Ouvrière, seule sauvegarde des libertés démocratiques et gage d’une véritable justice sociale. " (" Force Ouvrière " - 10 septembre 1953).

Le 12 novembre, dans le cadre de l’Ordre du Jour n° 105, le directeur général a fait savoir aux cheminots "comme suite à cette communication (lettre du Ministre des Travaux Publics, Jacques Chastellain au président de la SNCF), j’ai décidé que les sanctions encourues à l’occasion des mesures de réquisition du mois d’août 1953, et visant le seul refus de répondre à un ordre de réquisition, ne seront pas appliquées... ".

lundi 20 septembre 2004

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